"Je me consolais de Frontin, et de ses pareils, qui foisonnaient au lycée, par la fréquentation d'un homme d'élite qui a laissé dans une science un peu spéciale un nom qui retentit encore : Armand Clavaud. Il était professeur* de botanique. Il vivait seul, dans un appartement de la rue Rochambeau, non loin de ces quartiers où Lacoste et moi aimions à pousser nos flâneries, à peu de distance des allées ou j'herborisais, dans un rayon qui renfermait le Jardin des plantes si intime, si mélancolique, les serres, et le Muséum où il professait. [...]

Les serres du Jardin public détruites en 1931. Source : bibliothèque municipale de Bordeaux

Clavaud professait devant un auditoire réduit, mais combien savoureux ! qui venait, deux fois la semaine, écouter, sans y entendre goutte, cette pensée frémissante servie par un langage digne d'elle. Jamais l'expression juste ne faisait défaut, mais parfois le nom de l'objet. Il commençait alors de s'irriter contre soi-même, répétait vingt fois le..., le..., le... le..., puis déclarait : "Ca me reviendra tout à l'heure !" Et c'est lorqu'il nous exposait une loi, ou décrivait un phénomène qui n'avait plus aucun rapport avec le nom qui l'avait fui, qu'il s'écriait tout à coup : - Coelebogyne ilicifolia ! Je l'ai."

Francis Jammes, Mémoires 2 : L'Amour, les Muses et la Chasse, 1922.

* Rencontre avec Armand Clavaud au lycée, année scolaire 1883-1884.