Au lycée

Au lycée où j'ai bien souffert* on me disait
Que j'étais un mauvais élève
parce que j'avais la fièvre d'un triste rêve
et que j'étais comme blessé.

On me fendait encore le coeur. Dans ma classe,
je les détestais tous, tous
excepté mon vieil ami**. - L'on me rendait fou
en me donnant de sales places.

Je disais que c'était injuste - mais ma soeur
et ma mère avaient de la peine
et c'est comme ça que je fus rempli de haine
par de vieux méchants professeurs.

Les jeunes disaient : Vieille histoire... les férules...
dans les discours des jours de prix.
Et je rageais, sachant leurs préjugés, aigri
par leurs têtes de vieilles mules.

Je savais que les bons amis - deux ou trois -
ceux qu'on disait fous et étranges
avaient été refusés à l'examen : Granges,
Jean Segrestaa***, Lacoste et moi.

Je montre du doigt ces vieux pions et ces classes
qu'on appelle Université
et ces cours où les petits font des saletés
qui rendent leurs chairs jaunes, lasses.

Francis Jammes, Moi, Carnet de poèmes 1888-1890.

* Il s'agit du lycée de Bordeaux.

** Ce "vieil ami" est le peintre Charles Lacoste.

***Francis Jammes le tenait pour un des "beaux poètes nouveaux". Il lui a dédié une de ces Leçons poétiques.